La femme gelée, Annie Ernaux, 1981

Laura - 07 janvier 2024

Toujours un certain vertige, une sorte d’appréhension avant d’oser ouvrir un roman d’Annie Ernaux et surtout de le terminer tant il résonne, donne une voix à des expériences universelles. La femme gelée, au delà de conter la vie personnelle de l’auteure met en lumière les ambitions déchues de toutes ces femmes dont les rêves furent happés par la pression de la vie maritale puis familiale. Ernaux revient, presque avec effroi, sur toutes les étapes de sa vie qui l’ont conduit un jour à être cette « femme gelée » qu’elle avait redoutée d’être toute sa jeunesse, mariée à un « cadre » qui lui a fait miroiter un semblant d’égalité. Elle qui était si brillante à l’école, qui a connu un modèle familiale atypique et qui a été encouragée à s’élever par l’intellect se retrouve à 25 ans avec un bébé dans les bras, un mari absent, un foyer à tenir, 3 repas par jours à préparer. Sans jamais exprimer de regret sur cette expérience, Ernaux nous livre un véritable récit sur l’abnégation, la résilience mais sans résignation. Avec une certaine nostalgie, l’auteure met des mots sur toutes nos illusions perdues, ce qui peut rendre la lecture décourageante tant le récit nous frappe violemment de vérités. La femme gelée relate néanmoins l’histoire d’une femme qui a su dépasser sa condition de mère et d’épouse par l’écriture et la littérature. Comme un hymne à la jeune génération de femmes, Annie Ernaux nous encourage à ne pas céder au désœuvrement et à poursuivre nos ambitions mais donne un coup de fouet à un idéal de vie entre hommes et femmes…

D’un point de vue plus personnel, cette lecture que j’ai volontairement étalée dans le temps m’a définitivement marquée. Annie Ernaux montre si bien la manière dont il est plus confortable de se faire emporter par le courant que de marcher contre. Sa volonté cède aux injonctions et le « moi jamais » devant les mères pressées du supermarché se transforme dangereusement vite en quotidien installé. Le récit de la vie maritale est assez cru, sans édulcorant, si sincère. Je vous recommande grandement cette lecture, même si elle n’est pas facile. J’ai encore plus envie de continuer à explorer la bibliographie de l’auteure.