SEMAINE #14 et #15 : 17/29 décembre : Là-haut
Laura - 21 février 2024Il y a quelque chose d’indicible dans la lumière de Norvège. Dans ses montagnes qui se regardent dans l’eau émeraude des fjords. Dans ses dunes de neige et ses lacs de glace. Elle se mérite cette lumière, pour l’atteindre il faut prendre le bus entre Copenhague et Oslo pendant 8h30 puis le train entre Oslo et Bergen pendant 7h puis rouler pour s’éloigner de cette ville pluvieuse. Ce soir de décembre, nous sommes nombreux à l’arrêt de bus qui sert de gare routière. Il fait froid et le bus est en retard après la tempête de la veille. J’aperçois des paquets pailletés et brillants dans les sacs des voyageurs, entre deux bouteilles de glogg ou autre friandise ignoble à la réglisse. Après avoir faillit me transformer en glaçon, échappée à la douane suédoise pour colis suspect et avoir traversé deux frontières durant une nuit très froide, j’arrive à Oslo. La moitié du voyage seulement. La ville dort encore et le soleil fait la grasse matinée jusque 10h lorsque je descends du bus à 7h. Je cours me changer dans les toilettes à 2 euros pour enfiler mes vêtements de ski, il fait -12 ce jour-là. Veille de Noël, Oslo est déserte en dehors de sa gare. Je sors, en attendant mon dernier train pour Bergen prévu quelques heures plus tard. Les trottoirs glissent et la lumière orange de l’aube commence à dévoiler les immeubles colorés. Toujours personne. Je fais un détour par le cimetière enneigé, profite du silence reposant des morts puis je me résigne à attendre à la gare. Beaucoup de voyageurs chargés se pressent dans les couloirs illuminés. Sont diffusés en boucle quelques chants de Noël qui en deviennent agaçants. Cela n’entrave pas le chaleureux sourire -fait rarissime en Norvège- arboré sur tous les visages. L’ambiance est à la fête. Le soleil brille enfin. Je monte dans le train, ivre de fatigue. La promesse d’un trajet magnifique me tient éveillée et les lacs gelés entourés de montagnes défilent sous mes yeux presque endormis. Les aiguilles givrées des sapins blanc polaires les rendent scintillants au contact du soleil. Alors que je suis émerveillée, les norvégiens regardent à peine la fenêtre. Le train balaie de la poudre blanche qui s’évapore en paillettes argentées. La nuit tombée, j’arrive à la petite gare de Bergen où euphorique, je retrouve une partie de ma famille. Bergen est couverte d’une épaisse couche de neige fraîche, promettant un Noël enchanté. Les averses du lendemain nous ramène à la réalité et nous décidons de nous éloigner de la ville, à la recherche des fjords. Le soleil laisse vite place à l’obscurité sur les routes hivernales mais la simple vue des montagnes dans la brume nous ravis. On croirait vivre en noir et blanc dans ces paysages quasi monochromes. Tout est loin en Norvège, il faut des heures pour relier les villes. Partir à l’aube pour arriver à temps, oser rentrer la nuit. Nous passons le réveillon près du feu avec du saumon local et nos courses ramenées de France puis le 25 décembre en bateau au milieu de centaines d’autres touristes. Il fait beau puis il neige sur le fjord indécis et la lumière fait confondre le ciel et l’eau. Le froid nous paralyse mais nous l’ignorons, fascinés par le dehors. Aucune photo ne peut capturer cette harmonie de la nature, aucune vidéo ne la retranscrit complètement. Aucun mot même. Au retour nous montons en haut du funiculaire mais plus rien ne m’impressionne. Sur la route, les jours suivants, dans les vallées blanches, on se croirait bien plus haut, dans un univers différent. Je peine à croire que je suis bien là, écrasée par le soleil bas entre deux montagnes. On se plaît à se perdre, le vrai spectacle se trouve derrière les fenêtres de la voiture, on erre sur les chemins. Que le Danemark semble ridicule face à ces paysages, que Copenhague ou Paris paraissent fades. Le dernier jour, déjà, un train nous emmène entre les cascades gelées et le vide. Tout en haut, il n’y a qu’une voie, perdue, nulle part, ailleurs. Le train ne mène à rien, il n’est voué qu’à redescendre. Je n’arrive toujours pas à croire que je suis là pourtant demain je serai déjà repartie pour le long voyage vers la ville. Les commerces ont rouvert, Noël est déjà bien derrière et tout le monde repart chez soi. Le train est annulé alors un bus m’emmène jusque Oslo en 10h. Quel bonheur de rentrer par la route et d’observer une dernière fois les merveilles de la Norvège avant le vent et la pluie danoise. Ce n’est plus la fête à Oslo et le trajet est long avant Copenhague. Je retrouve l’arrêt de bus humide au petit matin et il ne fait même pas froid. Tout le monde est déjà si agité.
J’ai l’impression d’être partie si longtemps, là -bas. L’impression que je vais repartir là-haut.