Semaine #1 : 1-8 septembre -Les lumières de Copenhague

Laura - 02 janvier 2024

J’arrive désorientée, presque irréel d’être ici après une soirée, une nuit et une journée de voyage. Pourtant je ne suis pas si loin. J’entends même du français à la sortie du métro. Il fait beau, chaud, du monde dans les rues du centre-ville que je redécouvre, mais je le remarque à peine, je veux seulement me reposer, que les voix se taisent quelques heures. Mais il faut s’installer, faire les courses, acheter les éponges et le papier toilette et de quoi survivre pour au moins deux jours. Je suis épuisée et je ressors au coucher de soleil, j’observe sur les cinq minutes de route les quelques bâtiments de « mon » quartier. La lumière. Il faut tout compter, faire des conversions, des divisions et des traductions au supermarché. J’ai toujours trouvé ça amusant, les quelques jours que j’ai passé hors de la zone euro. L’appartement est froid, je déballe les affaires, je fais le lit : c’est chez moi pour quelque temps. De ma grande fenêtre, la lumière d’une soirée d’été, l’agitation d’un vendredi soir estival. Je ne suis pas heureuse, je suis soulagée d’être arrivée. C’était mon premier jour ici.
Le soleil perce les fins rideaux. Quand je les écarte, le ciel d’un bleu pur se dévoile. Cette fois, je suis heureuse même si j’ai mal partout. Je n’ai pas encore sorti mes vêtements de la valise mais je pousse la porte du dehors pour m’imprégner de cette lumière, si particulière ici. Je regrette d’avoir laissé mes lunettes de soleil sur mon bureau à Paris. Copenhague brille et grouille de vélo, de piétons, de touristes et d’étudiants. J’arrive à Nyhavn, les petites maisons colorées, le canal, le cliché. J’ai rendez-vous avec cette fille qui m’a accueillie hier, elle me présente quelqu’un d’autre. On glisse sur l’eau avec des centaines de personnes de passage. Peut-être même qu’elles quitteront la ville ce soir. J’essaie de m’approprier le paysage qui défile, d’imaginer des histoires dans ces rues muettes pour l’instant. Le soleil chauffe, j’étouffe dans ma combinaison en jean. La mer, la lumière devient aveuglante, je ferme les yeux. On marche, beaucoup, le vélo me manque. Le vent, omniprésent dans cette ville. J’ai froid. Soirée bondée sur les quais, tout est désespérément cher, on se parle comme si on s’était toujours connus. Je marche une heure pour rentrer, pas d’importance, je fais de toutes les rues que je traverse mon chez-moi. Elle démarre, la fête.
Les jours suivants, je range, j’achète, je trie, je marche. On se baigne dans la mer Baltique qui me paraît gelée, je tente par tous les moyens de prolonger mon bronzage. Encore difficile de parler anglais naturellement, on forme un petit groupe, français majoritairement. Les journées se ressemblent, pas de nuage, on sort le soir, tout est cher. Euphories des premiers jours, on se découvre tous. On redoute l’automne et la nuit, quel bonheur l’été ici. Je n’ai qu’un seul débardeur. Je fais ma rentrée, sans angoisse, sans rien attendre, comme une répétition, un jeu de rôle. On réalise que l’anglais n’est un problème pour personne, sauf pour nous. Je ferai les efforts. Je comprends tout, j’ai du mal à répondre, les mots me semblent insignifiants. Je danse, j’ai peur d’abîmer ma robe. Les rues sont illuminées la nuit par les voix, les boutiques, la musique. C’est moins cher au bar étudiant, si on se retrouvait là souvent.
Je fais attention, je ne dépense pas trop, je me coiffe, je m’habille et je me maquille. Je me sens bien, loin des choses pénibles, douloureuses. Ma coloc n’est pas encore là, je savoure la solitude en sursis. J’essaie de me détendre enfin, de faire comme les autres, d’être dans la lumière. J’ai rendez-vous au service d’immigration comme si je n’allais jamais partir. Je songe déjà au retour, sans cesse dans la prospection. J’observe le jour tomber, la chaleur faner. Je flâne, je n’ai pas grand chose à faire pour une fois. Je contemple, je remarque, je prends le temps. Le calme qui m’envahit, que la vie semble simple. J’aimerais tout partager, saisir chaque instant, que rien ne s’efface. Je marche, le parc est bondé, le ciel est rose. Je lis sur l’herbe réchauffée par le soleil. Je porte mon ensemble bleu et je termine enfin ce livre d’Annie Ernaux. On chante la marseillaise devant le bar, on célèbre la victoire, on danse encore, ma combinaison est pleine de bière. Au milieu de la nuit, sur le chemin du retour, on se lance : « à demain peut-être ».