Danemark : Suivez la consigne !
Laura - 11 janvier 2024Et si vous pouviez gagner de l’argent au supermarché en ramenant vos bouteilles et cannettes vides ? C’est le quotidien de tous les danois (entre autres) grâce au système de consigne Dansk ReturnSystem.
Le sigle PANTS
Il se trouve sur toutes les cannettes, bouteilles en plastique ou en verre participant au système de consigne : le sigle PANTS, suivi de la lettre A,B ou C indique la valeur du contenant. 1Kr ( A) pour une bouteille en verre et cannettes de moins de 1L 2kr ( B) pour les bouteilles en plastiques, et 3kr
( C) pour les contenants supérieur ou égal à 1L.
Sur tous les produits siglés PANTS, la valeur de la consigne est prélevée au moment de paiement. Les contenants PANTS sont ensuite ramenés dans n’importe quel supermarché équipé d’une machine de collecte et un bon d’achat est imprimé en échange. De quoi motiver les danois qui sont les champions du monde de recyclage de bouteilles et de cannettes (92% en 2019 soit 1,2 milliard). Peu d’emballages PANTS sont ainsi abandonnés dans les parcs et les rues du pays réputés pour leur propreté.
Comment c’est possible ?
Le Dansk ReturnSystem, créé en 2000 est une société à but non lucrative, son objectif n’est donc pas de générer des profits. Qui est derrière ? Les industriels danois ! En majorité, les brasseries (pas très étonnant ici) comme le géant Carlsberg ou Thisted Bryghus. Chaque nouvelle marque voulant importer ou produire une boisson au Danemark doit s’inscrire au système de recyclage. Ici c’est la loi : le ministère de l’Environnement impose le prélèvement d’une consigne sur les contenants (sauf lait et vin). Le Dansk ReturnSystem existe donc grâce à l’association des pouvoirs publiques et des entreprises privées et ça c’est assez rare pour le souligner ! Chaque acteur joue un rôle clé dans cette organisation : les producteurs en commercialisant des emballages recyclables, les consommateurs en collectant les contenants vides et les distributeurs en assumant le stockage et le retour de ces contenants.
Et après la collecte ?
Ce n’est pas directement le Dansk ReturnSystem qui recycle les emballages mais des sociétés spécialisées auxquelles sont revendus les matériaux (verre, plastique, aluminium). Cela permet de produire de nouveaux produits ! Une redevance annuelle payée par les marques participantes permet au Dansk ReturnSystem de fonctionner. Les restaurants, hôtels et bars ou n’importe quelle entreprise ont aussi la possibilité de faire partie de ce système en s’enregistrant en échange d’une caution. Il est possible de suivre le nombre d’emballages recyclés en temps réel sur le site internet du Dansk ReturnSystem
Un système sans faille ?
Notons tout de même que tous les emballages ne sont pas consignés car ce système ne concerne que les contenants à usage unique et présentant un intérêt à être recyclé…. Par exemple, les petites bouteilles en verre de soda ou de bière, théoriquement réutilisables, échappent à la consigne tout comme les bocaux en verre. Une consigne est malgré tout prélevée pour ces emballages et il est possible de les ramener au supermarché pour les recycler.
De plus, au Danemark, la collecte d’emballages consignées est une véritable activité.
Vous croiserez souvent des sans-abri ou personnes précaires à la recherche de bouteilles ou de cannettes consignées afin de gagner un peu d’argent. Le phénomène, qui peut être sujet à débat, n’est pas nouveau car ce système convoité existe depuis longtemps au Danemark et il peut rapporter jusque une centaine d’euros par jour aux collecteurs qui viennent parfois de l’Europe entière.
Et la France ?
Avec un taux de collecte inférieur à 60%, la France est loin derrière le Danemark et les objectifs européens fixés à 77% d’ici 2025… La consigne a été rejetée par les collectivités locales lors du vote de la loi anti-gaspillage de 2020, sûrement car elles ont investies massivement dans des centres de tri rentables. Autre argument invoqué : la consigne favoriserait et légitimerait l’utilisation de la bouteille en plastique au lieu de la faire diminuer. Bref, en France, on ne suit pas la consigne et c’est pas près d’arriver.